mardi 10 septembre 2013

The recalcitrant matter of the poem

Re-reading Requiem (1947) followed by Remarques (1990) or else Poésie 1946-67 and La Semaisonwritten between 1954-67 though published by Gallimard (Paris) in 1971which practically corresponds to editions of Début et fin de la neige or Ce qui fut sans Lumière in Yves Bonnefoy’s works, one notes that the topics of winter and snow are already present in these early works, ready to blossom out. In later works, the invisible is never as moving as when it is combined with the fragile migration of things, scattering and dispersion: constellations on the ground, the movement of their gift towards the ground as if approaching a body or skin, starting a dialogue with the recalcitrant matter of the poem. 

To determine where this poetics emerges, one must first track it back to the place where thought was not a given—in its resistance or, on the contrary, its failure, its collapse—where reflection, meaning of one’s own image, of resemblance and oneself, proves definitively insufficient. Numerous metaphors—the line and the space between lines, the white (of silence, ellipsis, or absence), or else shards of colours—translate this reciprocal overlapping of the visible and the invisible, equally significant, and which, evoking the figures of the un-figurable, bring readers face to face with language and its explosion or exhaustion, with the suspension of sense and meaning.
   
Zao Wou Ki
 

En relisant Requiem (1947) suivi de Remarques (1990) ou bien les Poésie 1946-67 et les Semaisons le premier volume au moins daté de 1954-67 (Paris, Gallimard, 1971) qui correspondent à peu de chose près aux éditions de Début et fin de la neige ou de Ce qui fut sans Lumière chez Yves Bonnefoy, force est de constater que les thèmes de l’hiver et de la neige y sont déjà présent, près à s’épanouir. Dans les œuvres plus tardives, l’invisible n’y est jamais aussi émouvant que conjugué à la fragile migration des choses, à la dispersion et à l’éparpillement : constellations sur la terre, mouvement de leur don vers la terre comme on s’approche d’un corps, de la peau, entamant un dialogue avec la matière récalcitrante du poème. 

Pour cerner le lieu d’éclosion de cette poétique, il incomberait en premier lieu de traquer celle-ci là où elle ne se donne pas à penser, dans sa résistance, ou au contraire sa défaillance, son effondrement, là où la réflexion au sens d’un retour à l’image, à la ressemblance et à soi, s’avère nettement insuffisant. De nombreuses métaphores qu’il s’agisse d’évoquer la ligne et l’interligne, les blancs (du silence, de l’ellipse ou de l’absence) ou bien la couleur par éclats y traduisent cet empiétement réciproque du visible et de l’invisible, prégnants l’un et l’autre, qui en faisant « lever » des figures de l’infigurable, confronte le lecteur au langage et à son explosion ou à son épuisement, à la suspension du sens. 

Hommage à Zao Wou Ki
Merci à Jennifer K. Dick pour sa relecture