samedi 13 octobre 2012

Délaisse ses carnets quelques jours pour faire de la photographie.

jeudi 4 octobre 2012

#vasesco - Piero Cohen-Hadria

Octobre 2012, un cinquième #vasesco et je n'ai pas vu passer le temps (déconnexion quasi totale ce mois-ci, brico, déco, peintures et autres activités du même ordre) ce qui ne m'a pas tout à fait empêchée de tenir les délais avec Piero Cohen-Hadria, croisé un peu sur le site de Anne Savelli beaucoup sur les listes de vases communicants dont s'occupe méticuleusement Brigitte Célérier et de manière tout à fait virtuelle pour l'instant. Une belle surprise une fois encore, parce que nous n'avons pas eu le temps de définir un thème d'écriture commun et que malgré tout j'ai fini par découvrir que nos textes se recoupaient (et plus) autour de la photographie, de l'évocation et du souvenir (du livre plus spécifiquement chez Piero, de corps calcinés à Hiroshima avec moi). Vous pourrez lire ici de lui "Pour faire une photo" et de moi chez lui "- quittez, en laissant vibrer" sur son très beau site Pendant le week-end.

Pour faire une photo

Garer la voiture dans la rue Etienne Dolet (ce type, poète, imprimeur, assassiné puis brûlé sur et avec ses livres, place Maubert, Paris 5 aujourd’hui, seizième siècle alors, lorsque j’y passe, je pense à la mère de Marc Augé) ; aller au rendez-vous, sur la place du Marché : là, dans ce restaurant qui fait le coin ? Non, pas là, trop d’intermittents, pas d’amis, non pas là, allons marchons…

Ici, pourtant, au premier étage, nous y étions aussi, quand était-ce, il y a quelques années, oui, probablement, je ne sais plus, il nous faut avancer, toujours, avancer, laisser derrière soi des augures et des tentatives, des choix et des envies pour continuer, marquer tracer, éviter, marcher devant soi, droit et voir et continuer, espérer peut-être…

On montera la rue, on parlera des liseuses, on regardera la serveuse poser devant nous une sorte de tagine au poisson, un vague bœuf aux carottes, un demi-pichet de vin rouge, et on parlera. On évoquera la bibliothèque, Robert Desnos « poète de vingt ans, d’avance assassiné mais que vengeaient déjà le blasphème et l’injure… Je pense à toi, qui partis de Compiègne, comme un soir en dormant, tu nous en fis récit, accomplir jusqu’au bout ta propre prophétie/ là-bas où le destin de notre siècle saigne… », Robert le Diable, et donc à Agnès Varda dont j’ai tant aimé les Glaneurs et elle,  sa main qui vieillit (j’avais posé une photo de la mienne en y pensant), elle la Glaneuse, Daguerre, Montparnasse, Edgar Quinet, Paris toute une floraison de marchés, ce jour-là, c’était un midi, nous déjeunions et à l’esprit j’avais cette idée de travail tout en sachant résolument que ce sont des prétentions auxquelles je ne devrais pas céder, je ne suis pas exactement de taille, peut-être, mais qu’importait alors, qu’importait aujourd’hui, ce matin, au téléphone parler et dire que ces objets, ces liseuses, ces tablettes, ce que nous abreuvons de nos textes, de nos photos, de nos envies et de nos émotions, ce qui supportera bientôt, pourquoi pas, ces vases, ces livres dont on parle par exemple Gonçalo M. Tavares, je ne l’ai pas lu, ça viendra peut-être, d’autres encore et ces objets qui  nous sont d’un pratique, nous aident probablement lorsque nous allons ici, ou là, parce que les livres sont lourds, parce que nous bougeons beaucoup, beaucoup plus, et plus loin et plus vite, trois heures de trajet par jour il faut les meubler, mais aussi parce que nous le savons, nous ne survivrons pas, j’entendais que Antonio Tabucchi était mort du poumon (le poumon, le poumon…) et il faut bien partir sans doute de quelque chose, partons alors, autant que ces meubles-là nous pèsent le moins possible, le sac et la valise, je me souviens des vingt-cinq kilos de questionnaires, comme si nous avions besoin de ces cinquante livres, avancer et parcourir la France ou les pays voisins, ou alors s’envoler si loin vers quelques ailleurs, pour quoi chercher, quoi découvrir, former sa jeunesse sans doute, et les livres, oui, on en parlera le café sur la terrasse, aller régler, ah la machine à cartes bleues ne marche pas, pas d’argent si j’en ai, ah oui, (mais alors oui, je te les dois, C) redescendre cette rue, se retrouver au coin de ce marché, ce soleil, cette rue, le bûcher et les livres qu’on brûle comme on brûlera celui qui les a imprimés, sorcières et mécréants, entendre ce matin cette dame qui me disait « au moins, on ne sait pas ce qu’on est en train de lire, personne ne peut le savoir, c’est ce qui est bien, avec ces liseuses… » oui, voilà, on sera dans le secret, on restera entre soi et le texte, et on avancera, inutile de se masquer, de se leurrer même si on aime tant nos illusions, les perdre on ne saurait pas, on ne sait pas « même avant quand on couvrait le livre, on pouvait encore savoir… » mais à présent, de couverture, il n’en est plus, le livre, le texte, la lecture

Texte et photo :  Piero Cohen-Hadria

et une photo pour se souvenir, juste en face de la voiture garée là par hasard, dans cette rue, Etienne Dolet je me souviens, et face au 92 à Montreuil quatre-vingt treize


Piero Cohen-Hadria