jeudi 6 septembre 2012

#vasesco - Joachim Séné

Septembre 2012, quatrième #vasesco et l'occasion d'échanger avec Joachim Séné rencontré cet été et dont le travail m'impressionne depuis longtemps déjà - parce qu'il code, balise lui, se coltine le cambouis s'il le faut (c'est dire si à côté j'ai pas l'air fin avec mon blogspot à moi, à bidouiller deux doigts d'HTML) - alors oui tandis que je m'y suis reprise à deux fois ce mois-ci pour respecter les termes de l'échange, en temps et en heure, Joachim m'a fait l'immense plaisir de partager ici son texte sur la ville, avec pour unique consigne d'écriture l'anamorphose. En retour on pourra lire le mien sur Fragments, chutes et conséquences son atelier, son ouvroir, sa caisse à outils comme on voudra, où trouver Joachim...

Cordes
Texte et photo  : Joachim Séné
Anamorphose : Felice Varini


Noue la ville.
Et ses cordes d'immeubles, longilignes et mouvantes, serre les rues avec.
Resserre jusqu'à l'étouffement, tire sur les traits de signalisation, fort, à faire sauter les panneaux, à briser les ampoules dans les feux, à faire rebondir les camions de livraison sur la file des bus en retard, à faire trébucher le livreur de pommes sur les épaules de moutons roses renversées dans le caniveau, à réduire les secondes de marche qui contournent le stade.

Aplanis les reliefs.
Piège-les du regard, fais surgir un jeune volcan de l'horizontal trottoir, horizontal et droit jusqu'à l'horizon où tout se rejoint : immeubles du côté droit, immeubles du côté gauche, route partagée, trottoir de gauche et trottoir de droite, tôles automobiles, piétons écrasés par le ciel, et le ciel lui-même étouffé par trop de piétons qui l'ignorent de leurs regards dirigés vers le sol sans reflet. 

Souffle sur les petits papiers, mégots, bancs, arbres, poubelles, tout ce qui pousse ici : la femme allongée sur le banc, l'homme qui pousse un lourd caddie dans une rue sans supermarché, celui essoufflé qui s'appuie à un arbre, celle qui jette un mégot mal éteint dans une poubelle trop pleine de papiers. Souffle, vas-y, attise tout ça, fais grandir l'après-ville. 

Creuse les fondements. D'un trait sec de gomme, fais apparaître la toile sous la peinture rageuse d'un fil de rasoir, parce que c'est là et pour aucune autre raison.

Tire sous les pieds le tapis de la ville, les genoux ballottants au-dessus d'une couleur vide, les sandales en équilibre au bout des orteils, prêtes à tomber à n'importe quel moment, glissantes, glissantes. 

Décalque les souvenirs sur le plan de l'écran, ceux accrochés aux rebords des fenêtres.
Aux fleurs rouges, aux fleurs jaunes qui pendent.
Au linge pincé qu'on souhaite propre.
À la fenêtre ouverte et au corps penché-là, qui regarde, silhouette découpée sur le fond sombre d'un salon, qui voudrait emmener, dans sa chute, tout son salon avec lui, canapé et table basse, télé plate et buffet et napperon et vaisselier.  
Copie-les, éclaircis-les, ne laisse pas les pixels jaunir d'ennui, accroche-toi à ça et tombe avec, accélère cette chute.

Projette l'attendu sur la surface imparfaite du réel, ou projette l'inconnu sur la surface fragile de la voix.

Choisis et vocalise l'impossible image, sachant que certains jours, il faudrait pouvoir peindre les nuages, pour avoir le sentiment d'être complet, au moins jusqu'à la prochaine pluie.


Joachim Séné

dimanche 2 septembre 2012

Antoine Wauters - Lectures sous l'arbre 2012


Antoine Wauters lit des extraits de Césarine de nuit, Cheyne éditeur, coll. Grands fonds, 2012. (Enregistrement de fortune l'iPhone posé sur ses genoux, s'en excuse).