samedi 7 juillet 2012

#aftervasesco - Nous voyons bien plus loin que ce que le présent du réel nous donne à voir - Pierre Ménard


Lecture (avec pour matrice de travail la liste des vases communicants de @brigetoun) des différents échanges qui auront eu lieu chaque premier vendredi du mois avec extraits tweetés le vendredi même, de manière à pouvoir sourcer les textes qui donneraient lieu le jour suivant, samedi, à une sorte de cadavre exquis, réécrit (si la syntaxe, la grammaire ou l'orthographe l'exigent) puis publié ici. Sera systématiquement exclue de cet exercice ma propre contribution et conservée, en guise d'excipit ou de clausule, celle de mon partenaire.

Il faudra voir ici un hommage au travail de recensement de Brigitte Célérier, à l'initiative de François Bon et Jérôme Denis en ce qui concerne l'élaboration et la mise en place des tout premiers vases communicants, mais aussi à celui de Anne Savelli et Pierre Ménard, ceux-ci qui outre le génie de la contrainte productive possèdent également celui des manifestes  à l'instar d'un André Breton.


The Annunciation, 1969, Duan Michals - Gelatin-silver print, Sheet: 4 3/4 x 7 1/8 in. (12 x 18 cm)

#aftervasescommunicants – 07 juillet 2012 – "Nous voyons bien plus loin que ce que le présent du réel nous donne à voir" (@liminaire, Pierre Ménard) – 06 juillet 2012


Parce que, quoi qu’il arrive, il ne sera jamais l’auteur du texte qu’il traduit
dans une perspective cognitive, on pourrait parler de mapping (M.-A. Paveau) 



La croix verte de la pharmacie qui clignote juste en face de la fenêtre
les petits morceaux éclatent à travers la pièce, dansent, s’éparpillent
Fauré interprété par Frederica von Stade et Jean-Philippe Collard

La nuit passe, et avec elle le souvenir, le remords de ce qui fut
le silence de tes pas
c’est tout simple. Je ferme les yeux



A partir de quelle intensité d’obscurité s’estompe le contour d’un reflet
sur l’enceinte en brique de la villa – une ligne jaune ?

Il ne se souvient de rien de précis, seulement d’un désastre magnifique
ici, c’est le bout du monde
on ne sait jamais comment ça commence, ni où ça va finir

–  mon regard qui parcourait ensuite les hauteurs
cette audacieuse greffe architecturale

voix posée haut, qui gazouille
vent nord-nord-ouest / café / étang sale c’est le vent
surprise stupeur déchirure

Nous voyons bien plus loin que ce que le présent du réel nous donne à voir
et pour se retrouver soi, l’obligation d’agrandir au flou  

déjà que ta mémoire se troue, que tu as perdu celle des origines
port intérieur oublié des bateaux devenus trop grands



Tu n’étais au départ qu’un cri

sur les villes en friches / dissonance amoureuse
en appui, sur l’arête, par extension, en concurrence

tu entres dans le détail des noms – Finglas, Ranelagh, Glasnevin
tendue / / – force / / ne – dans ses plis – replis – nivelés
bruit des bruits débris de bruits bruit – bruissement – silence

Ce que l’on pense caduque n’en finit pas de croître

Sous les doigts, plus grand chose de toi, sinon
ample absence de ta peau quand le pied glisse

notre apaisement… simplement… l’ombre d’une feuille ou l’ombre d’une main
et n’était plus que ce voyage, elle perdue en regard


(dans ce désir d'envol, @athanorster - Anne Savelli)


Ce qui m'a énormément amusée, c'est que ce texte en l'occurrence peut presque se lire à rebours et faire sens également. A vous de tenter l'expérience et d'en prolonger ad libitum l'exercice en lisant, en écrivant.

Retrouvez le TxT source ici sur Twitter
N'hésitez pas à Twitter, RT ou mentionner, les auteurs vous remercient

depuis
jusqu'à

jeudi 5 juillet 2012

#vasesco - Anne Savelli

Juillet 2012, deuxième #vasesco à peine pour ma part et nouvelle expérience puisque à la différence de Sabine Huynh en mai dernier, je n'ai encore jamais eu la chance de croiser Anne Savelli ailleurs que sur les réseaux sociaux (Twitter ou bien Facebook) sur son blog Fenêtres open space, où elle a eu la gentillesse de m'accueillir en retour aujourd'hui, par mail ou voies postales. Une consigne cette fois-ci simplement, échanger sur cette phrase "ce n'est plus l'heure de réfléchir" que Anne a trouvé et extraite d'un de mes recueils "Comme un morceau de nuit, découpé dans son étoffe" récemment trouvé chez son libraire - je l'en remercie très chaleureusement ici. En résultera la forme poétique pour nos deux textes, le mien chez elle, sur ce très beau blog que sont les Fenêtres open space.

Ce n'est plus l'heure de réfléchir 


ce n'est plus l'heure de réfléchir
c'est l'heure de se lancer
heure du lapsus envol
de l'aveu de l'annonce

ce n'est plus l'heure de réfléchir
c'est l'heure de l'épaulé jeté
marteau poids flèche
fil
cheveu
cil

plus l'heure de
certitude équilibre
le mortier, tu le laisses
tu danses sur le bord
fleuve lent
ton pas
invite à s'émouvoir

c'est l'heure du tourbillon
enfantillage errance
parfois s'arc-bouter
l'heure de dire malgré tout
je
non

c'est l'heure de renouer
tu es là et me manques
mais je réfléchis trop
et

trop tard plus l'heure de dire
et construire et détruire
sont devenus
tout comme

barbotine chaux argile arraché à un bras
murs de vent et de verbes
valsent

l'heure de laisser aller
la nuit sur le balcon
soulagement regret
dans ce désir d'envol


Anne Savelli

mardi 3 juillet 2012

#Reading - TABULA RASA - Sylviane Dupuis

... Maintenant quoi ?

rien
ne nous aidera du monde d'avant
ni la vieille illusion, ni même
l'ancien balbutiement des prières :
Job nu, peut-être
sur son tas
connut le mot d'aujourd'hui

passés par le mutisme
opaque et l'égarement,
déconstruits   perdus   jetés
à l'innommable, nous
appelons
         vers Personne - et pourtant
du dedans, du comble du 
défait, obscure et balbutiante
pousserait une voix
verticale
d'une douceur d'une violence telles
qu'on ne l'entend

pousserait une voix
comme une main
comme une rose
comme un corps de clarté

ou l'abîme

- refaisant l'aube
encore une fois,
recomposant le jour en ruine