vendredi 27 avril 2012

Like a swatch of night cut out of its own cloth

                                 
The amorous body                                                                                 lies on the bed


And if suddenly all was engulfed by the serene avidity of this world’s end, and I would never have to depart again, like someone who leaves a city and reaches the nearby forests. It would be like entering into this space, similar to a house, in which possibility could be imminent, and something could be ready to open and brighten up.

It just rained in torrents for a few minutes. The birds, previously colourless, now even seem to fly without shape. What happens next almost totally eludes me.

Then I resume walking and take in the trees in my sight. I remember. Since the morning of the second day I cherish the endless sound of your steps in the bedroom.

And soon came those late-afternoon shivers, followed by the golden light and the sinking shadows of the evening, each one hovering low on the horizon.

You watch, you inhale the smell of earth. The sky is clear, the clouds nearly white in the intense heat of August. All the apple trees stand there, their crowns slightly larger, and it is as if a little part of night is flowing inside the night, and a multitude of tiny flowers are opening in the dark, exuding the scent of seed and rose, like a swatch of night cut out of its own cloth.

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Like a swatch of night cut out of its own cloth, Cheyne publisher, 2010, p. 16-18. (Translated into English by Sabine Huynh, Tel Aviv, April 29, 2012. Photography La paume d'un ami qui s'agite à notre rencontre by Stéphane Barbery, Kyoto / December 2011)

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                             Le corps amoureux                                                                                       sur sa couche

Et si tout était d'un seul coup englouti dans la dévoration calme de ce bout du monde, et que plus jamais je n'avais besoin de partir, comme lorsqu'on sort d'une ville et qu'on atteint les premières forêts. Comme dans cet espace pareil à une maison, où quelque chose pourrait se passer peut-être bien, s'entrouvrir, s'éclairer.

Il vient de pleuvoir abondamment, pendant quelques minutes. Les oiseaux ont perdu leur forme après avoir perdu leurs couleurs. Ce qui se passe ensuite m'échappe presque entièrement.

Alors je me remets en marche et observe les arbres autour de moi. Je me souviens. J'ai aimé, dès le matin du deuxième jour la rumeur incessante de tes pas dans la chambre.

Et puis ces frissons de fin d'après-midi un peu plus tard. La lumière ensuite dorée et les ombres profondes du soir, très bas chacune au-dessus de l'horizon.

Tu regardes, tu respires la terre un instant. Le ciel est clair, les nuages presque entièrement blancs dans la chaleur du ciel d'août. Tous les pommiers sont là, leur couronne un peu plus ample, à peine, et c'est un peu de nuit qui coule dans de la nuit, une multitude de petites fleurs qui s'ouvrent dans la nuit avec une odeur de semence et de rose, comme un morceau de nuit, découpé dans son étoffe.

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Comme un morceau de nuit, découpé dans son étoffeCheyne éditeur, 2010, p. 17-18. (Traduction de Sabine Huynh, Tel Aviv, 29 avril 2012, et photographie La paume d'un ami qui s'agite à notre rencontre de Stéphane Barbery, Kyoto, décembre 2011)

jeudi 26 avril 2012

Tu es là,
contre la large paupière de mon ventre
qui cligne

Tu es là,
puisqu'une aurore se joue
d'un lent coup de doigts,
que nos mains
embuées par le travail
d'une caresse,
tissent un à un nos pores.

*

Boire à la fente tracée par ton absence
faire bander le jour
par l'aplomb d'un geste
coûte que coûte
ton souffle moulu de ma bouche
et le râle tendre de l'orgasme que je te confie le soir...


Lysiane Rakotoson, Une neige et des baisers exacts, Cheyne éditeur, 2010, p. 44-45 et Günter Ludwig, Zeichnungen (http://www.artgalerie-europe.de/).

mercredi 25 avril 2012

Alors elle s'écarte. Et lui ignorant ce qu'il en est de son sort à elle, cesse de parler. Elle s'écarte encore un peu plus de lui. Il ignore pourquoi. Personne ne veut lui répondre. C'est tout et il n'y a rien d'autre à faire. - Ne dites rien, dit-elle, c'est inutile. 
Un orage arrive. Ils se taisent. La nuit précédente envahit alors sa mémoire à elle. Un souvenir obsédant qui lui revient d'un coup. L'horizon borne son regard sous les nuages lourds à faire ployer les arbres. Elle ne sait plus. Il est minuit et demi.

samedi 21 avril 2012

André Jolivet & Deborah Heissler
— loin l’aube les collines et l’aimée   Tu // grande ouverte / sous le pommier  / comme Tu // cent fois suave

de mes yeux à  —  /  Ta bouche  

lumière aux branches nues qui se fige  —  /  fait silence —  // comme une mesure du temps dans l’acte de connaître

Livre d'artiste à paraître pour la mi-juin 2012. "Viennent / en silence", texte de Déborah Heissler, peintures, encres de chine de André Jolivet, 9 exemplaires dans un format de 27 x 27 cm avec un coffret. Voltije Editions Ltd. 950,00 €. (en illustration page de couverture).

André Jolivet & Deborah Heissler