jeudi 6 décembre 2012

#vasesco - Olivier Hodasava

Décembre qui est arrivé si vite, l'occasion d'échanger avec Olivier Hodasava ce mois-ci et, déjà je vous le dis, pour accueillir Olivier comme il se doit, je commence par fignoler mon blogue (change de header, bidouille mes gadgets et widgets comme je peux, c'est qu'il est plutôt pas mal son Dreamlands virtual tour sur blogspot...). Un septième #vasesco et notre envie à tous les deux d'échanger des textes sur des photos prises à Mulhouse dans l'hyper centre - pour coller au projet qui est celui d'Olivier - moi Au Bon Nègre et lui au Globe, rue du Sauvage. C'est donc avec un grand plaisir que je l'accueille dans ces carnets, entre deux notes, où vous pourrez lire de lui "Traces"  (et réciproquement de moi chez lui "RedRoom" sur Dreamlands son carnet de voyage virtuel).




TRACES

Au petit matin, elle aurait disparu. Alors qu’il aurait été en train de dormir profondément. Sans laisser de traces ou presque. À peine douze heures après qu’ils se soient rencontrés.

TRACE 1 – L’empreinte

L’empreinte de ses lèvres sur le bord d’un verre, verre posé au pied du lit.
Dans la journée, il l’aurait observée dans le détail, dans la lumière rasante d’un soleil d’hiver.
Il n’aurait pu se résoudre à l’effacer. L’empreinte lui serait devenue précieuse.
Dix jours plus tard, sa sœur de passage, croyant rendre service, aurait lavé le verre.
Il en aurait été incroyablement attristé. Il n’aurait rien dit.

TRACE 2 – Le polaroïd

Et puis, il y aurait eu ce polaroïd que la veille au soir elle aurait enchâssé entre encadrement et miroir au-dessus de la cheminée (de ce qui avait été, dans le passé, une cheminée) – c’est à peine si, dans l’instant, il aurait remarqué le geste.
Ce polaroïd aussi, bien sûr, aurait été précieux. Plus précieux que l’empreinte. Si précieux qu’il n’aurait osé le toucher.
Deux, trois fois par jour, les semaines suivantes, il se serait accoudé au marbre de la cheminée. Il aurait relevé les mots – Globe, Havas voya-, barricades, expliquer… –, il se les serait intérieurement récités… Globe, Havas voya-, barricades, globe, voyage, expliquer…
À chaque nouveau regard posé sur l’image, il aurait espéré repérer un détail, une ombre, un reflet qui l’auraient mené à elle.

Une image.
Des journaux posés sur table ou guéridon. Une boisson (quelle boisson ? difficile à dire). Photo prise à l’étage sans doute d’un bar, d’une brasserie. En face, une agence de voyage. Une sphère suspendue au-delà de la fenêtre – une boule de noël ?…
Que voir de plus ?

Il aurait espéré qu’un jour elle sonne, ou frappe à la porte. Il aurait voulu qu’elle revienne.
Il aurait espéré la croiser dans la rue. Par hasard.
Pour la nommer, dans ses rêveries, il ne disposait que d’un surnom – Dee. Même pas un prénom.
Dee… Il l’imaginait orthographiée ainsi mais peut-être que pour elle c’était Di, ou Die.


Du temps serait passé – des années (une petite dizaine).


Les premiers mois, avec assiduité, il aurait fréquenté le bar de leur rencontre.
Mais ses visites au bar, imperceptiblement, se seraient faites plus éparses.
Et puis le bar aurait fermé.

Et puis, finalement, elle n’aurait plus été qu’un songe.


Il aurait rencontré une autre femme. Ils se seraient mariés. Ils auraient eu des enfants, deux – une fille et un garçon.

Voilà. Maintenant, il s’apprêterait à déménager. Rangement, tri, cartons.
L’heure serait venue, pour le polaroïd, d’intégrer les archives.
Il opérerait avec d’infinies précautions pour le sortir de son ornière (le polaroïd serait couvert de poussière).
Pour la première fois, il le tiendrait dans sa main – ce serait presque étrange, irréel.
Il se souviendrait du chagrin par le passé éprouvé. Il serait presque prêt, maintenant, à s’en amuser.
Derniers regards avant de le remiser dans une boîte métal à babioles et papiers.
Il le retournerait machinalement, pour voir.
Et là, il découvrirait le numéro de téléphone au dos, et une adresse à Mulhouse, Haut-Rhin.
Son cœur s’emballerait.
Il serait pris de presque vertiges.
Il essaierait de réfléchir. Mais non, impossible.
Il ne saurait plus quoi faire.


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