lundi 20 juin 2011

Cradling a pair of puppies

Cradling a pair of puppies at your bared breast with a small humming tune can be a martial art, also a funny thing, laughing all the way down to the woods to wail from the edge for the body of a hiding young animal which still feels somewhat uncomfortable. I have to admit sometimes I growl and the grass flutters like a real person walking backwards past a mountain in a way that makes the mountain look it's mooving is an optical wonder. A scattering of white flowers clings to the stone wall for warmth in November. I lay my rifle down and take a long, earnest look at every one. And for a while I kneel. And then for a while I stand.

Elizabeth Zuba, in Versal Nine, 2011, p. 64. Thanks to Jennifer K. Dick for making me discover this text.

samedi 18 juin 2011

Roots

o my silent body
roots
through the toes
my silent self
radiates
through the belly
& knocks a tiffany lamp
off the table

my silent mouth
stands under the catalpa
until the pods
slice down my throat


Meg Reilly, in Versal Nine, 2011, p. 35. And thanks to Jennifer K. Dick for making me discover this Journal.

mercredi 8 juin 2011

Décès hier soir, de Jorge Semprun.

Antoine est au fond de l'atelier, il ne l'a pas encore vue. Il essuie à un chiffon ses doigts tachés de peinture bleue.
— Antoine !
Il se tourne ver Franca.
— Tu as travaillé toute la nuit ?
demande-t-elle.
Il la regarde
— J'ai fini, dit-il.
Une toile de dimensions réduites — une trentaine de centimètres sur une vingtaine, à en juger d'un premier coup d'oeil — repose sur un chevalet, là-bas. Elle n'en voit que l'envers.
Franca commence à se déplacer. Il l'arrête d'un geste.
— Attends, dit-il, le soleil !
En effet, le soleil.
Il vient de surgir derrière les collines, dehors, sur l'amont du fleuve. Un rayon frôle la large verrière de l'atelier. Sa lumière effrange la blancheur écrue d'un rideau, la met en valeur, gagne de la place ; mais n'a pas encore atteint le lieu où s'expose la toile.
Elle rit, désinvolte. Trop, peut-être
— Qu'est-ce que ça peut faire ?
Il l'observe, étonné sans doute de tant de légèreté.
— J'ai peint pendant la nuit, dit-il, mais la lumière sur l'océan. Il faut que tu voies la toile en pleine clarté.
Elle comprend, elle acquiesce ; elle attendra.
— Comment l'appelles-tu ? demande-t-elle. [...]

La Montagne blanche [Chapitre premier. Une carte postale de Joachim Patinir], éd. Gallimard, 1986, p. 15-16.