jeudi 23 septembre 2010

Dans le hall de l'aéroport, tandis que je patientais pour récupérer ma valise, je tâtais dans la poche de ma veste le recueil de poèmes de Roberto Juarroz, sa Quinzième poésie verticale. La plus sombre et la plus lumineuse. [...]

Les pages du recueil, défaites au coupe-papier, sont jaunies et cornées; la couverture abîmée. Il y a même, à la page 21, le cercle brun d'une tasse de café. C'est curieux, j'avais besoin d'avoir ce livre sur moi, de pouvoir le toucher, à la manière d'un talisman. Les passages soulignés autrefois par maman, à force de les lire et de les relire, je les sais aujourd'hui par cœur, dans les deux langues de ma vie :

"Chaque texte, de chaque forme, qu'on le veuille ou non, est le miroir chatoyant de la furtive ambiguïté de la vie. / Todo texto, toda forma, se quiera o no se quiera, es un mudable, tornasolado espejo de la furtiva ambigüedad de la vida."

"Les noms qui peuplent notre vie nous consolent peut-être de ce qui manque au centre de toute chose. / Los nombres que nos pueblan la vida, nos consuelan tal vez de algo que falta en el centro sin nombre de todo."

"L'apprentissage de l'oubli est d'abord lié au service de la vie, mais aussi à celui de la mort. / El aprentizaje del olvido está primero ligado al servicio de la vida, pero también de la muerte."

"Nous avons parfois l'obsession d'effacer nos traces pour que nul ne nous suive ou puisse vérifier qui nous suivons. / Tenemos a veces la obsesión de borrar las huellas para que nadie nos siga o pueda verificar a quién seguimos."

Enfin, ma valise était apparue sur le tapis. Je l'avais soulevée, elle était lourde puisqu'elle contenait presque tout ce qui m'appartenait : une trousse de toilette, des vêtements, une deuxième paire de chaussures, mon baladeur MP3, des cahiers de notes, des livres, des journaux, le guide Lonely Planet de Buenos Aires, plusieurs stylos. J'avais quitté l'aéroport, seule, personne n'était là pour m'attendre, je n'avais pas prévenu ma mère de mon retour, ni ma soeur. Il faisait froid, mais je me sentais bien. Ces dernières années, à chaque fois que j'étais revenue à Nantes, j'avais senti un peu cela : que c'était chez moi. [...]

Ophélie Jaësan, Iceberg memories, Actes Sud, 2009, p. 31-32.

mardi 14 septembre 2010

Se souvient du nombre absolument incalculable de fois, où il lui avait demandé de cesser ses gamineries - et aussi, de s'y être efforcée