mardi 30 décembre 2008

mercredi 17 décembre 2008

Je me souviens. Le bleu des nues d'orage et celui de la source, le bleu de la sauge fait pour être froissé dans la main. Et puis les chicorées. Ce bleu d'enfants —,

et la mousse aveugle sur chaque tuile, au coeur du jardin qui s'ensauvage sans retour. Elle a presque déjà la couleur de la nuit — le bruit aussi des feuilles sèches sur les dalles. Un bruit léger.

lundi 15 décembre 2008

Scherzando — J’observe de loin ce tremble dont pas une feuille n’est immobile — la vérité doit être inverse, le ciel semble plus haut et l’heure parfaitement immobile. Sous les branches mouillées après un long silence, le léger bruit de l’eau à peine troublée comme un frisson, d’eau qui déborde, avec l’odeur des feuilles.

Un degré de plus dans le développement de la lumière produit la couleur sur la face inférieure des pétales, couleur à peine visible, chacun d’eux se bombant légèrement — à moins qu’elle ne déborde par le pourtour sur la face supérieure de la jeune fleur, comme de l’encre de Chine sur la marge humide du premier poème — sur la première page

dimanche 14 décembre 2008

Où tout le ciel deviendrait uniforme, d’un gris léger — sauf oui là cette lueur un peu plus claire au-dessus des collines, dans la décantation du jour —,

et si cette nuit n’était autre que la nuit — voir, mais quoi sinon qui s’obscurcit. Désirer, sinon qui meurt. Saisir, sinon s’échappe.

samedi 13 décembre 2008

Les fleurs éclatantes parmi les festons de vigne vierge sombres, et puis la terre jusqu'à l'horizon et la crête de la nuit qui s’enflamment. Les cerisiers ne sont plus que des panaches de neige en lutte avec l’ombre.

Une autre nuit se lève lentement en moi. Chaque minute, chaque heure ainsi charge, comme autant d'appâts nouveaux, de nouvelles harmonies.

jeudi 11 décembre 2008

Ça et là, de grands cercles de plumes éparses sous les nuages, parce qu’il y a allègement, ouverture, allongement de la lumière.

Cette lumière qu'on devine, loin, là-bas, celle qui colore toute la colline au-delà des troncs, comme une lourde étoffe à ramages - où la frange d'ombre glacée s'élargit de secondes en secondes.

mercredi 10 décembre 2008

C’est un nuage d’abricotiers en fleurs, jaunes ou ivoires, comme mille petits papillons mêlés à l’herbe fraîche, mobiles, dans la lueur des lampes quand la nuit monte. Fragments de rêves. On voit le soleil rouge descendre sur le feuillage, comme une énorme masse d'acier incandescent.

Puis il y avait eu les arbres un peu plus loin dressant leur ossature fragile, la scabieuse de laine bleue comme un regard et ce tumulte de lait dans la pierre profonde, le gémissement enfin de l'air battu d'un vol de ramiers bleus – défi de soie et de cuir.

lundi 8 décembre 2008

Et le souffle du vent, lui, qui est pris dans cet essaim de guêpes furieuses, couleur de soufre balafré de gris au-dessus des collines. Je ne sais ce que c’est. Un bleu rompu de violet et de rose dans le brasier bourdonnant de la nuit ?

vendredi 5 décembre 2008

Une lecture tardive hier soir de Jalel El Gharbi, reprise au matin :

... [...E]lles rusent poétiquement. Personne ne m’empêchera d’entendre le verset ainsi : elles rusent parce qu’elles sont aussi métaphores, comparaisons.

Où la fidélité au verset coranique, m'importe moins que l'énumération poétique, vetigineuse, des qualités attribuées à cette Ève improbable, au jardin.

Les femmes rusent par leur parenté avec la pomme, la distance, le lever du jour, l’extase, les fraises, la stance, les roses, le thym, le miel, le nid, les fleurs, le sucre, le papillon, les vagues, la violette, le sapin, le lait, les dunes, la strophe, le saphir, la diérèse, la perdrix, la source, le château, la constance, le feu, le savoir, le pétale, le clair, le diamant, la sonate, la coupe, le potager, le jour, la perle, l’air, la pêche, les amphores, la galette, le réséda, la proximité, la feuille, la parole, la forêt, la libellule, la poésie, le lierre, la fourrure, la laine, le rouge, la cabane, l’étoile, le pommier, le riz, l’abricot, le rubis, la découverte, le silence, la brise, le coquillage, l’opale, l’obscur, l’algue, le cristal, la cigogne, l’amandier, la synérèse, la sirène, la cerise, l’ivresse, l’air, l’oasis, le verger, le violon, la chasse, la guitare, la statue grecque, le vertige, le jus d’orange, la jasmin, le lys, la montagne, le bijou, la forêt, l’inconstance, la douceur des fricatives, la friandise, l’émeraude, le soleil, la barque, le galet, la nuit, le sel, la lune, la lettrine, la fontaine, l’abricotier, le vin, la danse, le chant, la musique, la fraise, le bleu, la colline, le pigeon, le romarin, le violet, le pin, le poème, la partition, la neige, l’herbe, le sable, l’arc-en-ciel, la connaissance, la topaze, la pêche, l’escale, la lettre, l’améthyste, l’éclaircie, la beauté.

« Grande est leur manigance » [...] ...

jeudi 4 décembre 2008

Ceci n’est pas un poème. Note. Il ne devrait pas tant s’agir de dériver réellement et inductivement, que de comprendre la perspective poétique, l’arrangement ultérieur du poème qui permet que la pensée parle et que la parole parle de la pensée.

Notes à nouveau. L’enjeu d’une œuvre qui fait que dehors soit ce que l’on vit ici, dedans, et qu’ici comme là, tout soit à la limite il/limité.

mardi 2 décembre 2008

Dépossession et abandon, mais aussi expansion - c’est-à-dire mise en disponibilité totale, l’ouverture au monde témoigne du mode d’appréhension de la réalité.

Un battement de paupières et l’œil constate.

lundi 1 décembre 2008

C'est par ses reprises, ses hésitations ou ses suites multiples - ces chemins embrouillés du rêve qui reviennent en arrière et dont quelque fois même les images sont perdues - que le poète empêche toute retombée dans les engrenages du monde usuel.

A propos de Baudelaire et de son poème « Les plaintes d’Icare », Michel Deguy évoquera le fait notamment qu’Icare, entendre ici le poète, pourrait être un « [...] étreigneur de nues
(« nuées ») »*. Aussi est-ce dans le jeu de cette homonymie nues-nuées ou « à peu près », précise-t-il par ailleurs, que l’intention poétique reste susceptible selon lui de poursuivre sa parabole. Ce faisant, Deguy établit l’association métaphorique du féminin, corps, et des « nuées » / nues à étreindre.

Chez Jaccottet en revanche, le discours poétique semble obéir à un autre consensus des signifiés, qui serait celui plutôt de l’embrasement (« embrassement »). Un accord élémentaire qui ne semble pas tant rapprocher le corps et l’âme, que deux infinis infiniment. Il est ainsi possible de relever que l’image récurrente de la « cendre parfumée »** chez lui, consacre l’altération comme la fraîcheur, un embrasement de la nuit qu’on ne parviendra pas à décrire autrement que par le biais oxymorique d'un « glacial incendie »***, définitivement éteint sur le miroir du ciel :

[...] si c’est une tombe, elle est grave sans tristesse, sombre sans désespoir, et c’est encore un monument. Le sombre et le clair, le lourd et le léger, tout est soumis à des lois si grandes, si souveraines, qu’il n’y a aucune place ici pour la mélancolie, ni pour la crainte, ni pour une seule défaillance.

Et Jaccottet de conclure dans « Prose au serpent »**** :

L’esprit des augures, s’il n’y commande plus depuis longtemps, pourrait persister encore en ce lieu, comme le sourire d’un ancêtre sur le visage d’un lointain descendant.

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*A ce propos, « Le Corps de Jeanne », Poétique 3, 1970, p. 338-339.

**Ph. Jaccottet, « Vérité, non-vérité », section Airs, in Poésie 1946-1967, préface de Jean Starobinski, Gallimard, collection
« Poésie / Gallimard », no 71, 1971, p. 98.

***Ph. Jaccottet, « Lune d’hiver », ibid., p. 100.

****Ph. Jaccottet, Paysages de Grignan. Douze eaux-fortes de Palézieux, La Bibliothèque des Arts, Lausanne, 1964, n.p. (prose reprise sous le titre « Paysages avec figures absentes », Paris, Gallimard, 1970, 184 p, réédition 1976, p.99.)