dimanche 30 novembre 2008

le parfum de la figue, dérobé loin
l’aube, les collines et l’aimée

et tout autour la terre
et le ciel, bleu et sombre
d’acier, d’orage

un pas, rien de plus et
je ne sais quoi de poignant

samedi 29 novembre 2008

Orante corps tordu

— loin après la nuit
passée outre

la corde unique, altérée

vendredi 28 novembre 2008

brûle murmure appelle
l’extraction lente de nos gestes

tu sais mieux que moi l’oubli
guidée par nos mains, tu sais

mieux que moi la distance exsangue
des commencements de cendre

jeudi 27 novembre 2008

loin où l’air coule
— lave

d’huile noire, l’Eden
d’un visage

Les premiers extraits donnent l’impression de notes jetées au hasard et, précisément, je relis mes notes — satioonis, action de semer. Săto.

Blog. Notations quotidiennes d’un tel, ou de tel autre, où l’objectif central reste la descente en soi par fragments, éclats, ou quelquefois miniatures, qui finissent par y apparaître comme l’appropriation d’une forme significative du monde.

(En pensant à Ophélie Jaësan, dimanche 23 novembre 2008.)

Notes. On y inscrit ce dont on doit se souvenir, on s’y interroge sur l’advenir — semaison — et le devenir. Journal.

mercredi 26 novembre 2008

Une attention équivalente est prêtée à chaque chose et les instants deviennent indifférents - il pleut.

Murmures du vent et de la pluie. Debussy. Où chaque note vient porter sa propre signification, comme il se pourrait qu’une bulle d’air également soit prononcée sous l’eau.

mardi 25 novembre 2008

Si la note à ce moment, le moment noté, fait silence, le saisir en poème implique lui non pas tant un effacement, que la question plutôt assurément posée d’un parler sans images, d’une volonté d’aller au-delà de ce que propose l’image, de la mettre sous tension, de travailler sur les blancs que provoque cette agogique nouvelle, cette mise sous tension du poème.


lundi 24 novembre 2008

Brouillard épais devant la vitre ce matin. Blanc entier. Masse blanche, entièrement - blanche à couper au couteau.

On y entre les os en avant.

dimanche 23 novembre 2008

Dis encore cela patiemment, plus patiemment
ou avec fureur, mais dis encore


écrivait Philippe Jaccottet, que je cite de mémoire. Soit cet autre moment où cesser de s’interroger seul à seul uniquement, sur le « parler » pour « dire » et « faire dire » impérativement dans un poème, nous explique Hédi Kaddour.

Le poème parce qu’il est poème et expérience qui vise à atteindre au-delà des mots ce vide ou cet absolu que la langue postule, est alors seul capable de « travailler sur l’innommable de l’agonie », tel un chemin qui ne soit « ni imposture ni geignement ou prétexte à larmoyer sur de la cendre ».

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Voir à ce propos l’article que Hédi Kaddour consacre au recueil de Philippe Jaccottet, « En autre langue que de bête », in La Poésie de Philippe Jaccottet, textes réunis par Marie-Claire Dumas, Paris, éd. Champion, coll. « Unichamp », 1986, p. 173.

samedi 22 novembre 2008

Les rochers, ces masses solides, pesantes, rugueuses même dans la lumière du jour, avec tous ces termes de pierre et de terre, ces masses muées en paysages de buée, de vapeur.

Ephémèreté de la lumière. Essayer non pas de prendre la lumière comme le mot « lumière » uniquement, le mot « lumière » de tous les jours, mais en essayant de le travailler.

Fleurs, oiseaux, fruits, c’est vrai, je les ai conviés, / je les ai vus, montrés, j’ai dit : / « c’est la fragilité même qui est leur force », / facile à dire ! [...]

Philippe Jaccottet, À la lumière d’hiver suivi de Pensées sous les nuages, Paris, éd. Gallimard, coll. « Poésie », 1994, p. 77.

vendredi 21 novembre 2008

À observer cette toile, l’insistance est partout portée sur cette dialectique complexe – que nous pouvons tous et toutes vivre avec une incessante intensité –, qui oppose et synthétise à la fois le sentiment d’être et celui de néant, de présence et d’absence, de doute et de désir, et pour le jeune peintre chinois, Junsheng Guo, de familiarité et d’étrangeté, d’Orient et d’Occident.

Du paysage, la description manque aussi bien l’intimité que l’altérité. Il n’y aura pas de paysage dans ce Printemps - c'est là le titre de la composition. Se voulant objective, sa description en sacrifie la vérité intérieure, au profit d’une réalité toute extérieure, qui devient étrangère. Se voulant exhaustive, elle en fige les altérations, et méconnaît la part de mystère qui est à la source de l’émotion poétique et visuelle.

On peut décrire et décrire encore mais la surprise et l’émotion viennent d’un foyer plus secret, antérieur à la description. Pas d’arrière plan, de fait, à la Joconde bleutée du premier plan. La juxtaposition simplement, le collage, du portrait, des fleurs de prunier et de l’oiseau.

Par notes successives, les citations picturales viennent corroborer ce que le peintre avoue ouvertement avoir « voulu dire » avec le sentiment, toutefois, de ne pas y être parvenu pleinement.

La pensée du peintre Guo semble ainsi s’obstiner sur l’image remémorée d’un tableau, qui peut s’interpréter selon ses différentes stratégies de signification ou bien dispositifs symboliques ; interroger ici un visage une vie durant, et une vie durant faire en sorte que ce visage nous interroge.

jeudi 20 novembre 2008

Ces lueurs au cœur de l’obscurité disent toutes quelque chose au poète. Vague intuition d’un sens pressenti dans l’émotion de la rencontre. Juste un pas, rien de plus. Un pas aventureux.

La neige sur le Ventoux, loin, au soir, quand le ciel devient bleu sombre, gris, presque noir, et tout le paysage aussi de plus en plus sombre : brun, vert, noir – cette tache lointaine est comme une lampe allumée, non, pas une lampe (de nouveau je me heurte à l’inexprimable), une lueur, je ne sais quoi de poignant, comme quand un oiseau montre le côté lumineux de ses ailes en plein vol, allumé soudain comme un miroir touché par le soleil [...]

Enigmes à décrypter dans l’éclat - neige, diffracté dans le ciel et sur les sommets. Lueur, reflet. Le cœur manque dans l’invasion de lumière, il se serre dans l’invasion de l’obscurité.

[...] ou serait-ce plutôt par la lune, à cause de cette blancheur, ce reflet lunaire – et tout autour terre et ciel bleu sombre, bleu acier, bleu corbeau, bleu d’orage, cet assombrissement qui montre, en son cœur, ce peu de neige [...]

Bleus. Blanc. Entrer dans l’hiver ...

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Extrait cité : Ph. Jaccottet, La Semaison I, Paris, Gallimard, coll.
« Blanche », 1984, p. 173.

mercredi 19 novembre 2008

Je n’ai plus touché à un piano depuis des mois. Zhu, une de mes étudiantes, me demande de jouer quelque chose avec elle pour la Fête de Noël.

Je lui propose Ravel, qui me semble abordable – Ma mère l’Oye.

dimanche 16 novembre 2008

Pris froid cette semaine. Je ne sors pas de chez moi et lit Wang Meng, un auteur découvert tout récemment. Ses nouvelles datées de 1980 notamment - Le Papillon entre autres textes.

vendredi 14 novembre 2008













Le Maître dit :

— Celui qui cultive la sagesse et ne cesse de la cultiver n’y trouve-t-il pas de la satisfaction ? Si des amis de la sagesse viennent de loin recevoir ses leçons, n’éprouve-t-il pas une grande joie ? S’il reste inconnu des hommes et n’en ressent aucune peine, n’est-il pas un vrai sage ?

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Sur la musique :

L’empereur et tous les princes avaient des musiciens qui jouaient pendant leurs repas, pour les exciter à manger. Les morceaux de musique et les directeurs de musique étaient différents pour les différents repas.

La dynastie des Tcheou venant à déchoir, la musique tomba en décadence. Confucius, en revenant de Wei dans sa patrie, restaura la musique. Dès lors, tous les musiciens, depuis les premiers jusqu’aux derniers, connurent parfaitement les règles de leur art. L’autorité du prince de Lou devint de plus en plus faible ; les trois fils de Houan s’emparèrent du pouvoir et l’exercèrent arbitrairement.

Alors tous les musiciens, depuis le directeur en chef jusqu’aux derniers, furent assez sages pour se disperser dans toutes les directions. Ils traversèrent les fleuves et passèrent les mers, fuyant loin de leur patrie troublée.

Les Quatre Livres — III. Entretiens de Confucius et de ses disciples. Traduit par Séraphin Couvreur (voir ici).

jeudi 13 novembre 2008

黯乡魂, 追旅思
                  l’évocation du mal du pays qui poursuit le voyageur

很快进入梦乡
                  du sommeil profond qui vous saisie à la tombée de la nuit
L'automne comme un regret de printemps





     

Par bribes qui me reviennent 碧云天, 黄叶地 Palais d'été
                
L’évocation de la couleur des nuages dans le ciel, de la couleur des feuilles jaunes sur la terre

mercredi 12 novembre 2008

Des saules et des murs rouges, des portes rouges et des pavillons rouges.

De belles jeunes filles nobles habitant des pavillons rouges, s'appuyant contre des balustrades laquées de rouge, soupirant en pensant à leurs amants vêtus de rouge.

On m'explique. Dans bon nombre de poèmes, rédigés sous la dynastie des Tang ou des Song, le pavillon rouge était situé dans le lointain, inaccessible, même pour un lettré prometteur.

Rouge omniprésent. On imagine le pavillon rouge, on ne le décrit pas, au contraire du pavillon vert.

mardi 11 novembre 2008

Elle avait des mouchoirs rouges, dormait derrière des rideaux rouges, posait sa tête sur un oreiller rouge,

portait des vêtements rouges, maquillait ces joues, ces lèvres, ces ongles, de rouge - la belle Hongxiu

ses rouges - en me levant, je photographiais une chambre, rouge, dans un Houtong de Beijing.

jeudi 6 novembre 2008

Séjour de cinq jours dans la capitale. Nous partons ce matin.

mercredi 5 novembre 2008






                Brusque retour de mémoire – le soleil du matin sur les pierres. Combien de jours à présent, sur les branches nues avant la fleur et le fruit ?






                Tout cela n'est que nuances – les premiers oiseaux que la clarté dissémine, ignorants des heures et des saisons. Entends-tu ?
Quelques cartels rédigés hier soir pour une aquarelle de Van Gogh, un dessin de Pierre Paul Sevin, des huiles de Zao Wou-Ki.

Je relis Du Bouchet et Michaux, découvre les nouvelles de Wang Meng, Ba Jin. Les livres se font échos et se répondent au fil des jours, reprenant leurs thèmes fondamentaux.

mardi 4 novembre 2008

Cours de grammaire française pour commencer la journée, oral un peu plus tard dans les bâtiments du Yifu Lou.

Ce matin, je m’attarde sur la composition d’un paquet de nouilles chinoises qui me fait l’effet d’un court calligramme dactylographié, jeté sur l’emballage plastique.

Désordre savant des idéogrammes devant mes yeux.
Je provoque un sourire sur le visage amusé de ma collègue, qui parle couramment chinois.

lundi 3 novembre 2008



Il pleut sur Xiangtan Daxue, depuis plusieurs jours maintenant.

Ces brefs passages de pluie sur les feuilles avec le bois usé par le temps, le bruit des parapluies qu'on froisse en les ouvrant. On m’explique que l’hiver, ici, sera humide.

La beauté aussi de ces jardins, insaisissable et soustrait à tout espoir de formulation.

L’air d’un blanc déjà cru, devient éblouissant quand déferle les nuages bas, épais, leurs trouées mobiles, sur la toison d'herbe qui recouvre le parc.

Un paysage se défait et s’effondre, bascule ce matin sous les nuages gris de novembre - qui semblerait hanté, et comme agrandi, par le pressentiment d’une saison plus vaste.

dimanche 2 novembre 2008



我們第一次見面時,我一個法文字都不會說,而米修則一個中文字都不會講。 但我們心靈相通。我們的共同語言是繪畫。

趙無極
Traduction chinoise, Wong Yan Tak

Notre première rencontre date de là. Je ne parle pas un mot de français. Michaux pas un mot de chinois. On se comprend très bien. Notre langage commun, c’était la peinture.

(Hommage à Michaux), Zao Wou-Ki
« Signes
 non de toit, de tunique ou de palais
 non d’archives et de dictionnaire du savoir
 mais de torsion, de violence, de bousculement
 mais d’envie cinétique »
                (Mouvements), Henri Michaux.

samedi 1 novembre 2008

一剪梅, 李清照

红藕香残玉簟秋。
轻解罗裳,独上兰舟。
云中谁寄锦书来?
雁字回时,月满西楼。

花自飘零水自流。
一种相思,两处闲愁。
此情无计可消除,
才下眉头,却上心头。

Fleur de prunier coupée, LI Qingzhao.

L'odeur des racines de lotus rouges pénètre la natte de bambou et l'oreiller de jade.
Subtilement je dénoue ma jupe de soie ; seule sur le bateau orchidée.
Dans les brumes, qui a envoyé ces étoffes et ces livres ?
Quand les oies sauvages reviendront, la lune sera pleine au pavillon de l'ouest.

Les fleurs se fanent ; l'eau s'écoule
Un seul ardent désir de l'autre, mais deux endroits de remords solitaires
Certaines émotions ne sont pas contrôlables, elles restent, inextingibles,
Sous les sourcils et sur le coeur.

Traduction : http://florent.blog.com