vendredi 31 octobre 2008

Il pleut sur Xiangtan. Les nénuphars partent en vrac dans les bassins de l'université, la terre et les arbres sont imprégnés d'humidité. Saisi, quitté par de brefs sommeils, je ressens toujours mieux cette invasion de l'étendue.

Tout s'isole, se dépouille, se resserre sur soi-même dans le froid qui tombe, retrouve la gravité, la paix qui porte jusqu'à l'horizon, à la fois proche et tellement lointain.

Et si tout était d’un seul coup englouti dans la dévoration calme de ce bout du monde, et que plus jamais je n’avais besoin de partir ?


"La forêt de Mogari" de la Japonaise Naomi Kawase, tourné dans la belle cité historique de Nara, près de Kyoto.

jeudi 30 octobre 2008

sous l’écorce rougeâtre
l’étreinte de l’aimée


l’intérieur du fruit
la nuit, l’oranger

mercredi 29 octobre 2008


ouvrir les yeux c’est être réduit au réel

les clore c’est s’apparenter aux ténèbres

« C’est pourquoi “ pénétrer au cœur du réel ” et “ pratiquer une introspection ” marquée par le doute et l’esprit critique sont un seul et même acte. [...]

La seule chose qui puisse être dite et ne jamais être dite : “ expérimenter ” son propre extrême. »

Zao Wou-Ki / Yang Lian, Là où s’arrête la mer [extrait traduit du chinois par Chantal Chen-Andro] aux Éditions Caractères, Paris, février 2004.

mardi 28 octobre 2008


Novembre, j’y reviens ici, plus doux et plus lumineux que jamais. Cette ivresse de lumière sur le parc, hier encore, avant de retrouver les bâtiments du Yifu Lou.


Ou devrais-je dire sur le campus plutôt, tout le campus, entièrement pensé comme un beau jardin de printemps.

Un autre rythme s’est installé depuis mon arrivée à Xiangtan Daxue, moins rigoureux. Le nouvel an et ses neiges me semblent si lointains pour l’instant. Zao Wou-Ki, là aussi et encore une fois.

J’ai besoin, je m'en rends compte, de rouge et de laque. Un besoin organique et quasi physiologique, essentiel, de verts profonds et de bleus tendres qui collent à la rétine pour vous porter plus loin et toujours plus ailleurs, à l’orient de toute chose.

dimanche 26 octobre 2008


Je regarde tout cela. Les arbres nus, leur sève monte. Sous nos pas, d'infimes fleurs bleues ou blanches, quelque chose d'aigu tout à coup parmi les arbres encore dépouillés.


C'est novembre qui commence.

Les grandes constellations là-haut paissent et piétinent en cercle au-dessus des toits avec des couleurs d'encre, assez semblables aux taches de lavis du peintre Zao Wou-Ki, à la Galerie Nationale du Jeu de Paume.

Exposition proposée par Daniel Abadie, dans le cadre de l'année de la Chine, Paris, 2003 : voir sur creativtv.net.

samedi 25 octobre 2008

Paris, Hong Kong, Changsha, Xiangtan ; je retrouve l'université et mes étudiants la semaine prochaine.

mardi 21 octobre 2008

samedi 18 octobre 2008

Profond, élémentaire, dérobé, premier bleu des lavandes, et la lune presque pleine. Et cette tache d'un pâle gris, à mi-colline, et l'oblique essaim des feuilles qui hésite et se pose comme une troupe d'oiseaux. Et le vaste espace des prairies sous le ciel où descendent les nuages couleur de lait. Fragments de rêve.

Le temps file entre mes doigts opérant une mise à distance du réel. Sentir le lieu à l’œuvre.


Trouvé le temps d'écouter Herbie Hancock tout de même, hier soir à la Filature avec un ami.

vendredi 17 octobre 2008

Puis il y avait eu les arbres un peu plus loin dressant leur ossature fragile, la scabieuse de laine bleue comme un regard et ce tumulte de lait dans la pierre profonde, le gémissement enfin de l'air battu d'un vol de ramiers bleus – défi de soie ou de cuir, peut-être bien.

lundi 13 octobre 2008


13h et quelques minutes, aéroport de Hong Kong. 10 heures d'attente environ avant de pouvoir atterrir à Paris. Arrivée à Roissy Charles de Gaulle demain vers 6h30 du matin, puis RER, puis TGV ...

Mes 4ème années font un stage linguistique à Canton, pendant deux semaines. Je profite de ces quelques jours pour envoyer des manuscrits, régler des papiers.
Ces frissons de fin d'après-midi, la lumière dorée et les ombres profondes du soir très bas au-dessus de l’horizon. Tu regardes. Tu respires la terre un instant. Le ciel est clair, les nuages presque entièrement blancs dans la chaleur intense du ciel d’août. Lever de lune.

C'est une multitude de petites fleurs qui s'ouvre dans la nuit avec une odeur de semence et de rose, comme un morceau de nuit découpé dans son étoffe.


Paysages de Guilin dans le Guangxi.

dimanche 5 octobre 2008

Tout était devenu chant ; la courbe du chemin sous les nuages ici, et là les touches de terre sombre, le vert et le gris, le rose déchiré de la glaise et du gravier sous la pointe des doigts. L'accord surtout était celui de l’ombre et du gazon, feutrés, jusqu'au plus profond du ciel où frémissait un battement de plumes heureuses.
Dans ces rêves aussi il y avait des noyers noirs, une forêt qui s'ouvre en coup de vent. Rien que le bruit du vent. Et l’averse qui continue d’enjamber les toits dans une tranquillité tremblante, dans le silence, ou plus exactement dans un espace où les bruits s'éloignent et s'étagent.