jeudi 28 juin 2007


Par la fenêtre, le jardin parmi les arbres. Ils portent encore leurs fruits de bure, givrés légèrement. Et le ciel par où l’yeuse, plus loin, s’approche au plus près des neiges.


Je n’ai jamais pensé qu’un poème puisse rencontrer quelque part, le silence de Blanche. Elle n’aimait pas ses formats, sa facture. Ses brisures non plus. Ni même sa voix, à elle. Rien qui ne respire, ni ne heurte assez, n’insiste tant, que l’instrument. Celui auquel nos mains s’accordaient quelquefois. Là où précisément l’attente talonne le presque, le tout et le rien qu’elle préférait au presque tout du poème.

[...]

Sur la table, posé, le presse-papier. Sous le presse papier, la feuille que je venais de découper. Je lisais et découvrais Blanche pour la toute première fois. Sans poids. Dans la proximité des mots.

mercredi 27 juin 2007

[...] Le hasard sans doute a voulu cette justesse d’expansion qui communique au travers des âges le décor des origines, des livres anciens.

Lentement, la toile qu’on avait étalée sur le visage de Blanche, je l’écartais. Il n’y avait plus devant moi, que deux petites filles. L’été dernier, et ceux qui avaient précédé. Ceux d’avant. Je trébuchais au bord de la pelouse, dans les cendres en pincées, lyrique. L’appareillage restait substantiel. Personne. Toi-rien, puis toi exactement.

mardi 26 juin 2007

Là où la buée des larmes du poète rencontre indirectement - mais pas de manière irréversible, puisque le voile peut-être levé - les déchirements du bois brisé de pluie, prélude un référent mental. Il trace l’horizon d’un monde tenu à distance et rendu visible, par le biais de la toile.

[...] c’est une chose, surtout, qui rend sensible une distance, qui jalonne l’étendue ; et il apparaît que cette distance, loin d’être cruelle, exalte et comble.

« Oiseaux invisibles » de Ph. Jaccottet, dans Paysages avec figures absentes, Paris, Gallimard, coll. Poésie/Gallimard, p. 74.
[... à Sylviane Dupuis]

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Le Sacre du printemps, Igor Stravinsky.
Chorégraphie de Pina Bausch.

lundi 25 juin 2007

Mémoire, infatigable mémoire qui multiplie ses leurres avec un art retors, mémoire turbulente comme un enfant qui court de chambre en chambre et que la main ne peut retenir.

Il ne trouve aplomb que sur son propre vide, ignorant vers où va ce chemin qu'il reconnaît parfois curieusement à des traces qui ne sont pas les siennes, ne sachant pas davantage pourquoi il s'y est engagé avec tant de présomption, si même à le poursuivre obstinément il n'aura aucune chance de déboucher sur le lieu encore insoupçonné de sa destination.

Trajet aveugle qui l'exalte, qui l'exaspère comme la lecture d'un récit dont l'auteur eût été conduit à différer sans cesse le dénouement. S'il s'achemine vers un but inconnu auquel il ne devra jamais toucher, quelle force mystérieuse l'empêche d'y renoncer ? Une sorte de courage ou une sorte de lâcheté ?

[...] Non pas cela fut. Cela est, qui ne demandait qu'un peu de temps et l'abandon au courant de la langue pour refaire surface.

Louis-René des Forêts, Ostinato, Paris, édition Gallimard, coll. L'Imaginaire, 1997, pp. 133-135.

Biblothèque-Musée. 16h30. Jeudi dernier.

dimanche 24 juin 2007

Dimanche après-midi passé en compagnie d'Enza Palamara. Nous évoquons les ouvrages acquis sur le Marché de la Poésie, la Revue Nu(e), mon départ pour l'Inde, l'Université, les copies qu'elle doit encore corriger ...
Place Saint-Sulpice samedi après-midi. Pierre Oster n'est déjà plus là. Je prends et donne des nouvelles, retrouve Jean-François Manier avec le sourire, devant les éditions Cheyne.

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UFR d'Etudes Slaves vendredi après-midi. « Scherzando » a reçu le Prix Henri Durand et paraîtra dans les Cahiers Slaves aux côtés de trois autres nouvelles.

Nous sommes trois également à rester et évoquer nos goûts en matière de lectures. L'un, le premier, détonne un peu sur tous les autres. Plus âgé, il lit Flaubert, Dantec, Bukowski - déteste Balzac ou Giono - connaît l'Inde, l'Iran et la Turquie. L'autre est plus jeune, part pour enseigner le français à Astrakhan, fasciné par le monde russe. Nous échangeons nos adresses mail.

vendredi 22 juin 2007

Busson, avant de fermer les yeux

Un escargot
une corne courte l'autre longue -
qu'est-ce qui le trouble

Roger Munnier également

jeudi 21 juin 2007

Issa, pendant la pause déjeuner

Quand est-il venu
si près de moi
cet escargot ?


Sous la lune du soir
il est nu jusqu'à la taille
l'escargot

Traduction de Roger Munnier

mercredi 20 juin 2007

Garnier. Plusieurs représentations mélangées de Daphnis et Chloé, dans un même lot de photographies à traiter, aujourd’hui.

Pêle-mêle, Georges Skibine et Claude Bessy en 1959, une autre distribution où figurent Claude Bessy et Attilio Labis cette fois - que je dois m’efforcer de dater plus exactement -, puis encore Attilio Labis mais accompagné de Christiane Vlassi, son épouse, sur une seule et unique planche-contact qui ne facilite pas leur identification.

Ce sont au total 17 planches NB, 64 positifs NB et 32 pochettes de négatifs à trier, réorganiser, compter, et dont il faudra prendre les mesures. Même fouillis dans les lots qui concernent Giselle et le Lac des cygnes.

lundi 18 juin 2007

Il y avait exposées au Musée des Lettres et Manuscrits cet après-midi, des correspondances - billets ou télégrammes - que je parcourais avec curiosité, ferveur ou amusement, accompagnée d’un ami.

Qui devinera jamais le bonheur éprouvé, à trouver dans sa boîte les réponses aux questions que l’on se posait, depuis une semaine - peut-être deux - avec bonté et simplicité ? Ce petit bonheur hier ...

Il arrive alors que rompue de fatigue, comme ce soir, je finisse par me demander pourquoi, simplement - pourquoi cette écriture plus qu’aucune autre ? Et de me rendre compte, assez égoïstement, que je pourrai la savourer demain matin, ou peut-être bien la semaine prochaine, ou celle d’après, en rouvrant les tiroirs de mon bureau.

vendredi 15 juin 2007

Après le passeport, le visa ; puis billet d'avion pour New Delhi. Installation à Baroda/Vadodara, les 3 ou 4 août prochain.

jeudi 14 juin 2007

Ph. Jaccottet dans « l'Ignorant », Poésie 1946-67

« Comme le feu, l’amour n’établit sa clarté
que sur la faute et la beauté des bois en cendres... »

mardi 12 juin 2007

Kamo no Shigemasa, vers 1220

[…]
Au pied de la montagne couronnée de nuages
Je vous attendrai


Shin Kok. XII ; 1130

lundi 11 juin 2007


Vers six heures, l’hiver, volontiers je descends l’avenue à gauche, par les jardins, et je me cogne à des chaises, à des buissons, parce qu’un ciel incompréhensible comme l’amour qui s’approche aspire tous mes yeux. Sa couleur à peu près éteinte n’est pas définissable : un turquoise très sombre, peut-être, l’intense condensation d’une lumière qui échappe au visible et devient le brûlant-glacé de l’âme qu’elle envahit. Sur des lacs filent sans aucun bruit les convois de nuages, sans aucun bruit. La foudre surprendrait moins que cette explosion de silence qui ne finit plus.

Ce souvenir - Réda, « Le pied furtif de l’hérétique » dans Les Ruines de Paris ...


[...] ; partout des branches pour célébrer ce feu sourd de la nuit : en subdivisions c’est l’obscur s’arrachant par la masse des arbres qui chante, qui veut s’y perdre, mais qui bute à ses fines pointes et casse dans l’aigu. J’ai la même voix dans la tête et la même épaisseur monotone.

Il en est certains dont les images sont d’une netteté toute particulière, comme par un trou de serrure ou comme à travers des ronds, paraissant, surgissant brusquement, comme si l’on ôtait un écran, restés longtemps endormis.

samedi 9 juin 2007

Relu le discours de Wisława Szymborska, prononcé à Stockholm en 1996, où elle explique qu'il sera difficile pour elle de parler longuement de poésie (l'imperfection étant d'autant plus facile à supporter que le discours sera court, affirme-t-elle).

Je suis touchée par certains passages (que je ne me risquerais pas à donner dans la traduction que j'ai sous les yeux), l'esprit et la légèreté railleuse dont elle fait preuve, lorsqu'elle évoque les doutes et les hésitations du poète ; des preuves d'insatisfaction quotidiennes et renouvelées, que les docteurs ès lettres finissent par collecter avec méthode, les gratifiant du statut d'oeuvre.

Les docteurs ès poésie n'existent pas, docteur en philosophie, c'est bien plus sérieux.

jeudi 7 juin 2007



bruissement de l’encre
comme on glisse hors de soi

(Photo : Nathan Heissler)

mercredi 6 juin 2007

Le souvenir d'hier — ou avant-hier. Ligne de métro. On entend sonner un téléphone portable. Des étudiants assis fument, lisent, mangent, bavardent. Je prends des notes sur ce qui me tombe sous la main en guise de lectures, articles récents, brochures, catalogues. La ram s’arrête à la station trois.

Entre deux stations, le conducteur annonce le nom de la station suivante. Je m’efforce de l’identifier. [...]
[...] Sous un ciel humide, la pluie hésite. Parapluies blancs. Pluie insistante, longue, interminable — je ne peux me souvenir que d’une manière confuse, le plus souvent, des circonstances dans lesquelles m’est venue cette image ou cette pensée,

impression, sentiment, la vision immédiate qu’on nommera si l’on veut poésie. Le temps d’un battement de paupière.

lundi 4 juin 2007

La poésie - dans cette faculté de déplacer l’accent, de transformer les évaluations habituelles, pour retrouver leurs fondements véridiques. Comme un geste, qui ne décrivant plus traverse l’extérieur, la carapace apparemment solide et stable des choses, permettant une révélation là où semble s’imposer à l’origine une opacité, une ambivalence.

samedi 2 juin 2007



Les premières lueurs du jour sur Paris. IXème arrondissement.

vendredi 1 juin 2007

Dans « Paris à l’aube », un poème extrait du recueil de proses Liberté Grande, Gracq compare le lever du soleil sur la capitale au réveil d’une femme lascive.

Le motif apparaissait dans « Villes hanséatiques » déjà qui décrivait l'« éveil d’une jeune beauté couchée sur le gazon près d’une ville, devant l’étincellement de l’eau et la paresse de dix heures […] ». Il transpose celui de la nymphe surprise dans son sommeil qu’un « œil sacrilège [… glissant ] à travers la nudité grelottante d’une aube dans les rues de Paris », vient surprendre :

Dans ces échafaudages machinés, ce labyrinthe de pistes luisantes, ces entassements de colonnes, le matin, comme un flot qui se retire, décèle à un troublant manque de réponse ce caractère de provocation pure à une activité incompréhensible qui demeure à une capitale aussi secret, aussi essentiel qu’à une femme la nudité.

Plus loin

[…] Une grêle rude de caresses s’apprête à fondre sur cette vacance amoureuse : le labyrinthe béant d’un ventre endormi et découvert féminise la ville, […] communique à la flânerie matinale le caractère absorbant et coupable de la possession […]

l’évocation enfin, s’achève sur

[…un] corps géant [qui] s’est dépris une fois de plus d’un coup de reins dédaigneux de tout ce qui le manie, comme une divinité aux yeux vides et bleuâtres qui se recouche, à nouveau déserte, pour peser sur l’horizon d’un poids pur.