dimanche 14 août 2016

Dans l'intimité du poème, Présences à Frontenay (édition 2016) Sabine Huynh, Deborah Heissler.

Sabine Huynh et Deborah Heissler

Sabine Huynh et Deborah Heissler

Yves Bonnefoy, Sabine Huynh et Deborah Heissler


Dans l'intimité du poème, lecture à la carte et sur demande 
de l'anthologie Le sage et la puie. Présences à Frontenay (2016)
Photos : Jean-Claude Terrier et Sabine Huynh.

mercredi 10 août 2016

Kvar lo | Sabine Huynh | Caroline François-Rubino

Prendre en main le recueil de Sabine Huynh, l'ouvrir, laisser dans un premier temps son regard parcourir les encres de Caroline François-Rubino, pour se deman-der enfin ce que nous mettons en jeu quand nous partons à la rencontre d’une pensée de la forme qui ne se laisse pas réduire à l’achèvement de l’œuvre précisé-ment.

Quelle est donc cette langue qui travaille en creux les poèmes au sein du recueil ? Tout autre avec ce qui reste à construire, alors que l’écriture invente les figures où l’indicible prendra forme (« flot incessant en toi / qui te lave, te réveille ») ou bien affaire de langage, alors même que l’indicible – touchant à la différence irréductible au cœur du langage –, vient buter sur la disparition d’une parole fondatrice (« Tu es née d’un ventre / près d’un fleuve rouge / qu’aucune mélopée / ne faisait plus vibrer ») ?

Kvar lo, ce « déjà plus », ce que tu as appris et qui se dérobe « Langue de lait tournée / sans issue dans la bouche ». 

Venue au monde sans mémoire, c’est bien « Au fond de [l]a gorge [de la narratrice] / [que] parfois [alors] des murs / se veulent horizon / avant le voyage » et c’est aussi en amont de cette expérience, plus particulièrement, que Sabine Huynh interroge les failles d’une langue qui sans cesse « fourche », « bégaye », « barbelée » après s’être montrée à chaque instant, dans chaque mot tracé, si singulière. A l’image même d’un objet non unifiable, Kvar lo interroge les images qui se sont nouées autour du deuil de l’origine, il invite à un voyage à travers une langue « introuvable ». 

On s’y interroge ainsi sur l’équivoque d’une représentation portée par le « maëlstrom d’un temps / révolu étourdit / […] entre toi et là / […] entre le verbe et toi / ». A travers ses poèmes, c’est le rapport entre langue, langage et culture, que Sabine Huynh parcourt ainsi, au travers de l’éventail des choix possibles, de la nécessité à l’évasion, dépliant « le manque [qui] forge l’absence / interroge[ant] les creux / l’indécence de l’existence / for[ant] avec insistance / jusqu’à la cassure / [le…] fantasme de foyer / linguistique ».

Kvar lo de Sabine Huynh, avec des encres de Caroline François-Rubino et une postface de Philippe Rahmy-Wolff, publié aux éditions Æncrages & Co dans la collection "Ecri(pein)dre", 2016.